• Lisboète Magazine

Augmentation des frais du Lycée Français : « Nous n’avons pas peur de devoir nous y opposer »


Laurent Goater et Françoise Conestabile, Conseillers des Français de l'étranger depuis 2014 et candidats de la liste «Français du Portugal – Union de centre-droit ».

Laurent Goater a été élu Conseiller des Français de l'étranger en 2014 et se représente en tête de liste des « Français du Portugal » pour le scrutin du 30 mai 2021. Candidat de centre-droit et pro-européen, il se réjouit de l'offre croissante d'un « enseignement francophone privé de qualité » et s’oppose à l’augmentation des frais de scolarité du Lycée Français de Lisbonne. Malgré la crise sanitaire que nous traversons actuellement et les dures répercussions économiques, Laurent Goater reste tout de même positif et croit en l'attractivité du pays.


Vous avez été élu en 2014, lors des premières élections consulaires. Quel est le bilan de ces sept dernières années ?


Nous sommes des élus de proximité, faisant le trait-d’union entre nos compatriotes et l’Ambassade. Ce rôle est, tout d’abord, indiscutablement nécessaire. Beaucoup de nos compatriotes se plaignent des difficultés qu’ils ont à communiquer avec l’Ambassade, qui leur semble une tour d’ivoire indifférente à leurs problèmes. Nous avons fait un travail permanent pour leur répondre, pour les accompagner. Un très grand nombre de compatriotes se sont installés au Portugal depuis 2014, les associations se sont beaucoup développées, avec notre soutien. Facebook est devenu un lieu d’échanges intenses. La communauté française au Portugal est beaucoup plus vivante et active aujourd’hui qu’en 2014, malgré les deux grandes attaques que lui ont porté les socialistes : la fermeture du Consulat Général de Porto et du centre culturel français à Lisbonne (IFP, remplacé par une simple salle à côté de l’ambassade).


Durant votre mandat vous avez dû faire face à une crise sanitaire inattendue. Quelles actions aviez-vous menées auprès des Français au Portugal pendant cette période ?


Au début de la crise, il a fallu sur-communiquer, pour répondre à l’anxiété compréhensible de nos compatriotes. C’est ce que nous avons fait. Il a fallu aussi trouver des hôtels pour les personnes « en rade », voire des voitures pour ceux qui voulaient rentrer en France alors que les vols étaient suspendus, et nous l’avons fait. Puis notre attention s’est surtout portée sur les problèmes de nos compatriotes commerçants, et nous avons essayé de soutenir notamment les restaurateurs à faire connaitre leurs services de take-away. Plus récemment, nous avons porté nos efforts sur l’information sur la vaccination, en écrivant plusieurs fois à nos compatriotes pour leur expliquer comment elle était organisée et en organisant des groupes de médecins et infirmières volontaires, mis à disposition de la Croix Rouge. L’Ambassade, sur ce point, a été remarquable en apportant une information extrêmement précise et actualisée sur son site, et en organisant des échanges d’information avec le médecin référent de notre communauté, le Dr. Luis da Silva.


Votre liste n’est pas inconnue des Français résidants au Portugal, mais on retrouve cette année de nouveaux visages par rapport à 2014. Pouvez-vous nous en parler ?


En 2014, nous avions cherché nos compatriotes les mieux impliqués dans chaque région principale du pays et nous ne nous sommes pas trompés. Tous nos colistiers ont travaillé avec nous ces sept années pour servir nos compatriotes. Il n’y a que deux changements, en définitive : Alain Valès, qui était le Conseiller sortant (à l’époque il n’y avait qu’un seul élu), a été remplacé par Olivier Bidault, puisque l’Algarve est devenue une région où vivent beaucoup de Français. Et Ana Ferreira, notre benjamine de Seixal, a remplacé Dominique Bragança, qui était agent d’assurance à Braga et a arrêté son activité et se consacre un peu plus à sa famille.


Si vous êtes à nouveau élu, quelles seront vos principales priorités ?


Faire le lien. Servir les Français du Portugal. Nous respectons l’Etat et celles et ceux qui le servent, mais il est nécessaire de s’opposer fortement à l’incohérence et au facilitisme de l’Administration pour elle-même. La situation que nous vivons actuellement au Lycée Français de Lisbonne où on voulait augmenter les frais de scolarité portant sur les familles de 6% par an pendant 5 ans, pour compenser des erreurs de gestion de l’AEFE, en est un exemple tragique. Nous n’avons pas peur de devoir nous y opposer et faire du bruit à chaque fois que nécessaire. Il nous faut assurer que nos compatriotes au Portugal y sont bien accueillis, d’abord par les portugais. Notre slogan « Deux Pays, Une Communauté » correspond à cet esprit : si les Portugais sont bien accueillis en France, les Français le seront au Portugal. Nous sommes en relation avec les municipalités, avec des élus portugais, puisque nous sommes nous même bien insérés. A ce titre, je reste pantois de voir qu’une liste soit menée par une personne qui parle à peine portugais !


Les deux lycées français à Lisbonne et Porto n’ont pas assez de places pour répondre à la demande croissante. Quelles solutions proposez-vous pour maintenir une éducation en français ?


À Porto, ça passe encore, mais vous avez raison. Depuis 2014, l’École Redbrigde a ouvert à Lisbonne et l’École trilingue va ouvrir à Belém une maternelle en Septembre. Et les cours Kerlann ont ouvert à Sesimbra. Nous avons donc considérablement renforcé l’offre, même si c’est loin d’être suffisant. Nous sommes très contents que des investisseurs nous approchent pour développer un enseignement francophone privé de qualité. Mais on voit bien qu’une ancienne proviseure d’un lycée public défend en premier lieu sa classe et a le plus grand mal à comprendre les familles. Nous souhaitons aussi développer les groupes FLAM, pour soutenir en français des élèves scolarisés dans le système portugais, qui a su convaincre de très nombreuses familles.


Depuis 2014, le profil des Français au Portugal a changé. Même si la majorité reste des retraités, aujourd’hui un grand nombre d’entre eux sont des actifs. Quelles sont les perspectives pour les Français qui décident d’entreprendre au Portugal ?


En Algarve, nous avons maintenant 77% de plus de 62 ans, selon la liste électorale. En 2014, nous avions encore pas mal d’expatriés, travaillant dans des entreprises françaises. Et le Portugal sortait d’une période économique assez dynamique, qui avait attiré pas mal de lusodescendants souhaitant apporter des compétences acquises en France, que la crise a souvent obligé à repartir. Ils ont heureusement été remplacés par de jeunes entrepreneurs, dans l’économie digitale, le tourisme ou l’immobilier. Les premiers grands contingents de RNH sont arrivés en 2014. Leur nombre a doublé chaque année jusqu’en 2017, quand l’élection de Macron a réduit la volonté d’exil et la vindicte des inspecteurs du fisc. L’UFE, quand Françoise Conestabile en est devenue présidente en 2014, comptait 140 membres dans tout le Portugal. Il y en a maintenant plus de 2000, principalement des retraités. Mais effectivement, il y a aussi des entrepreneurs. La situation sanitaire a mis en difficulté extrême tous ceux qui dépendent du tourisme. Les perspectives sont donc très sombres, mais le Portugal reste un pays très attractif et ceux qui passeront le cap devraient retrouver une croissance réparatrice.


La crise sanitaire que nous traversons nous rappelle l’importance d’un système de santé efficace. Comment améliorer l’accès d’une couverture santé pour les Français qui souhaitent rester au Portugal ?


Nos compatriotes sont habitués à un système conventionné de cliniques et de médecins libéraux, qui fonctionne bien en France. Ceci n’existe pas au Portugal, c’est dommage. Nos compatriotes retraités ou salariés sont couverts par le système public, qui est bien trop lourd et impersonnel. Nos associations proposent des solutions d’accès à une médecine privée de confort, bien utile. Rappelons que les retraités français ont cotisé toute leur vie pour cette retraite et leur protection de santé : ils rendent service à la France en se faisant soigner au Portugal, puisque le SNS facture la sécu français moins cher que ne coutent ces prestations en France. Et ils conservent leur carte vitale, pour se faire soigner en France s’ils le désirent, puisqu’ils ont payé pour ça.


L’an dernier, le gouvernement portugais a modifié le statut du RNH, en accordant une imposition sur les pensions de retraite du privé taxées à hauteur de 10 %. Que pensez-vous de cette mesure qui touche directement un bon nombre de Français au Portugal ?


Nous nous sommes battus pour éviter que la proposition du PS d’appliquer un forfait de 7500€, même aux RNH actuels, ne passe. Merci au député des Portugais de France, Carlos Gonçalves, qui nous a aidé. Nous avons toujours recommandé à nos compatriotes en RNH de payer un impôt au Portugal, ce seuil de 10%, appliqué sur les seuls nouveaux arrivants, est acceptable. C’est d’ailleurs ce que les portugais paient en moyenne sur leurs retraites. L’essentiel est ailleurs : peu de RNH sont arrivés avant 2013, mais beaucoup plus à partir de 2014. Dès 2024, ces compatriotes atteindront la fin de leur période de 10 années d’exemption. Si le gouvernement portugais n’accepte pas de la prolonger, la plupart d’entre eux iront ailleurs, puisque beaucoup d’autres pays offrent des solutions fiscales favorables. Ils ne rentreront pas en France, dans l’état actuel de la fiscalité et de notre société. Le gouvernement portugais doit se poser la question de leur départ, qui affectera l’immobilier, les restaurants, et tous les impôts indirects qu’ils paient.


Votre slogan « Deux pays, une communauté » illustre votre envie d’une intégration culturelle entre la France et le Portugal. Quelles actions souhaitez-vous mener en ce sens ?


Beaucoup d’entre nous sont des franco-portugais. Mes deux fils le sont. Notre communauté n’est pas seulement constituée de retraités ou d’expatriés d’entreprise : elle est aussi fondamentalement constituée de personnes d’origine portugaise, qui sont nés, ont vécu, ont étudié en France, et sont profondément attachés à notre langue, à nos valeurs, à notre histoire. Pour eux ou leur parents, notre devise « Liberté, Egalité, Fraternité » a un sens littéral. C’est en pensant à eux que nous revendiquons ce slogan. Savez-vous qu’il y avait plus de 15.000 candidats d’origine portugaise aux élections municipales en France l’an dernier ? C’est autant que les Français recensés au Portugal. Nous sommes deux pays amis, proches, dans une même Europe. Nous ne voulons pas de barrières à la circulation entre le Portugal et la France. Nous voulons maintenir l’Euro, qui facilite toute notre vie, et tout ce que l’Europe nous apporte. Et nous espérons que la France saura mettre fin à la chienlit dans les banlieues, car beaucoup de Portugais en France y vivent encore et souffrent du renoncement de l’autorité qui les poussent à partir. Les Portugais de France se rendent compte de beaucoup de nos problèmes, mais ils aiment la France avec la même vigueur que nous aimons le Portugal.

Retrouvez toutes les informations de la liste « Français du Portugal – Union de centre-droit » sur leur site et leurs réseaux sociaux.


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